Samedi 19 Aout 7h30 : grand jour ! 18 ans 1 mois et 15 jours après mon premier contrôle BCN, je vais dans quelques heures obtenir le 90ème affranchissement qui me permettra d'entrer dans la "grande famille" des cyclotouristes brevetés. Le petit déjeuner fourni dans la chambre d'hôte de ce petit hameau de Villeneuve au pied du col du Noyer est conséquent et il le faut bien car le Chalet du Giobernay n'est qu'à une quarantaine de kilomètres mais à presque 1800 m d'altitude.
Pour éviter la « route Napoléon » bien fréquentée par les retours de vacances d’été, je prends la D 617 qui m’amène jusqu’à la Guinguette (joli nom …) où je rejoins la N85 que j’emprunte jusqu’à l’intersection menant à ST JACQUES EN VALGAUDEMAR, début réel de la progression directe vers le fameux chalet. Jusqu’à la cascade du Casset, la route va s’élever doucement d’environ 820m à 1170m environ
En fait c’est à partirde cette cascade que les difficultés commencent puisqu’en moins de 10 kms il faut gravir environ 500 m de dénivelé.
On aperçoit ici la longue ligne droite parfois à 12% qui monte le long du flanc de la montagne.
Au bout de cette ligne droite et d’une succession de lacets apparaît enfin le lieu de l’achèvement du BCN .
A 300 m du but, je m’arrête devant la cascade dite « le Voile de la Mariée » , un nom prédestiné au vu de l’évènement
Il est très exactement 10h15 et je viens de sortir du gîte avec le fameux tampon. Un grand moment. Reste maintenant le BPF, mais pour cela il me reste à ce jour 185 lieux à visiter …..
La journée n’est pas finie puisque maintenant je vise à rejoindre le deuxième BCN/BPF des Hautes Alpes à savoir Saint Etienne en Dévoluy. Je redescends donc les 800 m de dénivelé pour me diriger vers les bords du lac du Sautet afin de contourner la Montagne de Féraud. A partir du Motty la route va remonter vers les 1100m sur une petite route sans voitures à travers des gorges spectaculaires et de beaux espaces boisés.
Parvenu à Saint Disdier, j’opte pour faire le détour vers Agnières en Dévoluy où je me restaure avant d’atteindre le col des Rioupes à 1429m. Je plonge ensuite vers SAINT ETIENNE EN DEVOLUY pour le deuxième contrôle de la journée.
Pour revenir au gîte, il me reste à gravir les 6 kms de montée du col du Noyer par son côté le plus facile
Au terme d’une lente progression, je parviens au sommet à l’altitude de 1664m
Dans la descente, je conviens aisément que j’ai bien monté le côté le plus facile ! Restant prudent dans une descente relativement dangereuse malgré un très beau revêtement, je rejoins le gîte aux alentours de 17h après avoir accompli environ 130 kms.
DIMANCHE 20 AOUT : 3EME BPF
J’arrive vers 10h30 à la Chambre et Table d’Hôtes située dans la montée vers le village de RISOUL. Je repars par la N 94 vers EMBRUN. A midi, je m’arrête à Chateauroux où je mange une part de pizza avec 2 pêches blanches. Je dépasse EMBRUN et viens me positionner après CROTS sur la D 568 qui mène à l’ABBAYE DE BOSCODON , 3ème BPF des Hautes Alpes.
Surprise , méchante surprise ! A l’intersection, 3 kms sont à faire pour atteindre l’Abbaye, petit problème il va falloir aller de 836m à 1150 m sur cette portion de route. Je me retrouve face à une interminable ligne droite sans pallier de récupération flirtant avec les 12%. Le franchissement d’un pont sera le seul plat de cette terrible montée dont les 300 derniers mètres dépassent les 15% ! Pas d’ombre et un soleil implacable, je ne m’attendais pas à souffrir pour atteindre ce magnifique lieu.
L’abbaye de Boscodon est un remarquable monument du XII° siècle. Ce fut la plus grande abbaye de la région et la principale maison de l’Ordre monastique de Chalais (proche des cisterciens), qui s’est répandu au Moyen Age dans le Dauphiné et la Provence.
Appelés par le Seigneur Guillaume de Montmirail, propriétaire du territoire de Boscodon, des moines de Chalais arrivèrent en 1142 . Ils commencèrent par la construction de l’église abbatiale, qui dura 32 ans, et édifièrent ensuite les bâtiments du monastère, quadrilatère entourant le cloître.
Je fais apposer ce troisième tampon sur ma carte et redescend vers le lac de Serre Ponçon pour rejoindre le gîte. Pour revenir, je prendrai la D994d parallèle à la Nationale mais de l’autre côté de la Durance et plus tranquille.
Puis je monte dans la forêt de Saluces par une route forestière de qualité moyenne.
Ce qui me permet d’avoir une vue imprenable sur la vallée de la Durance.
Vers 17h au terme d’une ballade de 75 kms, je rejoins le logis. Je me suis bien économisé au vu de ce qui m’attend demain
.
LUNDI 21 AOUT , 8h30 , nouveau départ vers deux nouveaux BCN/BPF des Hautes Alpes. Je quitte le gîte et commence par rejoindre le village de Risoul 1 km plus loin et 100 m plus haut.
Je descends ensuite vers Guillestre. Au loin on aperçoit la forteresse de Vauban de MONT DAUPHIN avec au loin le Mont Pelvoux et son glacier. En 1692, la région étant une fois de plus envahie par les troupes de Victor-Amédée II, duc de Savoie, Vauban fut alors chargé de construire une place forte capable de faire barrage à l'ennemi et d'assurer la sécurité des populations. Un gros rocher dominant les vallées de la Guil et de la Durance constituait un site idéal, inaccessible et inhospitalier. Ainsi commencèrent, dès 1693, les travaux de construction d'une ville et de fortifications entièrement nouvelles, Mont Dauphin.
Plus loin, je sors de Guillestre et attaque ma longue progression vers SAINT VERAN, but de la première partie de ma randonnée
J’entre dans la Combe du Queyras où la température tourne autour de 12°. Je ne souffrirai pas de la chaleur. A l’entrée des gorges l’altitude est d’environ de 1000m, la progression en altitude va longtemps rester facile autour de 2%.
La route se glisse contre une muraille rocheuse impressionnante, parfois percée d’un tunnel
La route longe le torrent impétueux du Guil
qui sert à des activités « extrêmes ».
A l’altitude 1350m, j’atteins CHATEAU QUEYRAS. Surplombant la rive droite du Guil, Fort Queyras se dresse encore fièrement sur son vertigineux éperon rocheux. On imagine facilement ce que cette position défensive pouvait avoir de stratégique, situation idéale pour verrouiller la vallée et protéger ses habitants des pillards et autres barbares venus de Provence.
Car, bien que modifié souvent au cours des siècles, le château a été construit à l’époque médiévale - 13ème siècle et sans doute 11ème pour le château primitif - par les Comtes d'Albon, maîtres et seigneurs du Briançonnais : il servit longtemps de prison aux bandits … et aux femmes accusées de sorcellerie ou de magie, avant qu'elles ne soient jugées et brûlées ! Souvent assiégé, il fut beaucoup plus tard (en 1700) fortifié par Vauban, dans le but de barrer la vallée de la Durance aux troupes venues du Piémont : il pouvait à cette époque accueillir jusqu’à 3000 hommes de troupe.
Un faux plat descendant me conduit jusqu’à Ville Vieille où je prends à droite la D5 et c’est à partir de ce point que l’ascension sérieuse commence. Il faut en 11 kms gravir 700 m de dénivelé. Sur la route, je croise la « Demoiselle Coiffée ». Sous le nom de demoiselle coiffée ou de cheminée de fée, se cachent des reliefs aux formes assez bizarres. Au sommet d'une longue colonne de sol relativement friable, se tient un énorme bloc rocheux, comme posé en équilibre. Ces demoiselles coiffées sont dues en fait à l'action de l'érosion sur deux matériaux qui ne réagissent pas de la même manière. De tels reliefs particuliers se rencontrent dans des zones encore ou anciennement montagneuses. Dans les Alpes du Sud, les demoiselles coiffées surmontent la vallée de la Durance.
Au départ des blocs rocheux, faits de minéraux très durs, reposent sur un sol d'alluvions ou de terre tendre (argile). Avec les pluies ou le vent, cette terre est enlevée, rongée, délavée, et s'en va. C'est le phénomène de l'érosion. En un siècle sous un climat chaud et humide, le sol s'use à raison de 92 cm en montagne. Si un torrent vient à passer dans une de ces zones où des roches dures reposent sur un sol tendre, celui-ci est enlevé à toute vitesse. La cheminée de fée ou la demoiselle coiffée sert de protecteur à la terre qui est au-dessous. C'est la raison pour laquelle elle apparaît en colonnes isolées dans un relief souvent creusé comme le lit d'un torrent. On peut se demander pourquoi la roche ne s'écroule pas. C'est tout simplement parce que la colonne qui la supporte se trouve compressée par son poids, et qu'elle acquiert ainsi de la résistance.
Plus haut j’atteins MOLINES EN QUEYRAS, altitude 1760 m. Je suis en cet endroit à 15 kms de la frontière italienne.
Un peu à l’écart du village, je m’arrête devant l’église Saint Romain à clocher carré, qui, dans sa forme actuelle, date du 17ème siècle, et abrite un remarquable retable en bois sculpté.
Je poursuis tout droit mon chemin, la route descend pour ensuite remonter sévèrement. Bientôt , j’aperçois SAINT VERAN
Les derniers lacets seront durs à monter mais à midi pile, j’arrive dans ce village le plus haut d’Europe. Je fais apposer sur ma carte le précieux tampon, c’est le quatrième depuis avant-hier.
Puis, je me promène dans le village niché à 2040m d'altitude, si haut que l'on dit qu'il est "là où les coqs picorent les étoiles". Selon la légende, il tient son nom de Véran, un évêque de Cavaillon qui, au VIème siècle, terrassa un terrible dragon en l'empoisonnant. Hurlant de douleur depuis le Vaucluse, il se traîna, sanglant, le long de la Durance et vint mourir dans les montagnes. Les six villages traversés par ce dragon blessé reçurent le nom de Saint-Véran. Les maisons sont en bois, même si elles ont pu être modifiées, ici et là, pour le tourisme. Au dessus des portes, le nom du propriétaire, en initiales (EMFE = Etienne Marrou fils d'Etienne, par exemple) précédées parfois de W (longue vie à), avec la date de construction ou de réparation. La plupart sont postérieures à 1750. On trouve sur certaines le calendrier révolutionnaire.
Quant au cadre montagnard, il est tout simplement grandiose !
Vers 12h30, je replonge dans la vallée par une voie différente de la montée en longeant le flanc de la Montagne de Beauregard qui me permet de rejoindre Pierre Grosse sur la route du col d’Agnel. Il est 13 heures et bientôt, je m’arrête pour un succulent repas afin de prendre des forces pour l’après midi puisque maintenant je vise le 5ème contrôle BCN/BPF du département : le COL DE L’IZOARD
A 14 heures précises je suis au pied des 14 kilomètres de montée et j’atteins le premier village sur la route : ARVIEUX où une fontaine fraîche me permet de renouveller l’eau de mes bidons. Je suis à 1560m d’altitude, il reste plus de 800 m à gravir. A partir du village, la pente sera exigeante et je passe définitivement sur le 26X28.
Après une longue ligne droite à plus de 12%, j’ai à gravir une succession de lacets où les virages sont autant de point de récupération.
L’élévation est impressionnante et j’aperçois plus bas Arvieux où j’étais quelques instants auparavant
lus loin, j’aperçois les derniers lacets menant au sommet. La pente avoisine à certains endroits 14%.
Une halte s’impose devant le monument érigé à la gloire de deux champions : Bobet et Coppi
Il est 16h15 quand j’atteins le sommet à 2360m et me fait apposer sur la carte le 5ème cachet !
Il ne me reste plus qu’à redescendre non sans être impressionné par le chemin accompli dans la montée
mais aussi par le spectacle lunaire de la Casse Déserte